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L’histoire du vol d’ Aït Nouri et ses camarades à Sidi Moussa.

by kimi-redaction

Quand l’incompétence devient une politique : l’échec annoncé du sport algérien

Il est des constats qui, à force d’être répétés, finissent par devenir des évidences honteuses. Celui que dresse aujourd’hui le monde du sport en Algérie en fait partie. Comment, en effet, espérer la moindre réussite quand les instances dirigeantes sont confiées à des responsables sans envergure, sans qualification réelle, mais nantis d’un pouvoir, d’un carnet d’adresses et surtout d’une caution politique qui les rend intouchables ? La question n’est plus rhétorique : elle est le cœur du problème.

La récente nomination de Walid Sadi, alors président de la Fédération algérienne de football (FAF), au poste de ministre des Sports est venue illustrer de manière presque caricaturale cette confusion des genres. On ne confie pas la régulation d’un secteur à celui qui en était l’un des principaux acteurs, surtout lorsque son bilan à la tête de la fédération est loin de faire l’unanimité. Cette porosité entre les instances fédérales et le sommet de l’exécutif n’est pas un simple détail administratif : elle est le symbole d’un système où les mêmes hommes verrouillent les leviers de décision, s’auto-protègent et s’auto-promouvent.

Une impunité organisée

Dès lors, comment voulez-vous que cela fonctionne ? Lorsqu’une irrégularité est commise, qui peut réellement demander des comptes à des responsables adoubés par le pouvoir ? L’actualité judiciaire de ces derniers mois apporte une réponse en demi-teinte qui en dit long sur la nature du système. Le procès tentaculaire de la FAF, où 19 personnes comparaissent pour des soupçons de malversations, a bien conduit à des réquisitions sévères : dix ans de prison ferme requis contre trois anciens présidents, et près de six millions d’euros réclamés au titre du préjudice. Sur le papier, la justice semble faire son travail.

Mais regardons de plus près. Ces poursuites concernent des présidents déchus, qui ont perdu la protection politique qui était la leur à l’époque de leur règne. Le signal envoyé est trouble : on ne sanctionne pas un système, on sanctionne des hommes qui ne sont plus en grâce. Pendant ce temps, ceux qui ont participé à la même gestion, qui ont validé les mêmes contrats et qui ont bénéficié des mêmes arrangements, continuent de prospérer, parfois en accédant à des fonctions gouvernementales. La reddition des comptes, dans ce contexte, n’est pas une règle : c’est une arme de règlement de comptes politiques.

L’étouffement de toute contradiction

Cette impunité sélective a une conséquence directe : l’impossibilité, pour quiconque, de contester ou de se défendre face à une garde rapprochée qui détient tous les pouvoirs. Lorsque des voix légitimes s’élèvent, elles sont immédiatement marginalisées ou discréditées. Face à une telle dérive, que peut faire un rival ? Rien, sinon constater que la gestion « opaque et anarchique » est devenue la norme.

Ce verrouillage a un coût humain et sportif incalculable. Les cadres compétents, ceux qui connaissent leur discipline et qui ont une vision, sont mis à l’écart ou préfèrent se retirer. Le football en offre une illustration tragique. Comme le souligne l’ancien dirigeant Ali Malek, il n’existe pratiquement aucune production de jeunes joueurs en dehors de la seule école du Paradou ; le reste du championnat vit au jour le jour, sans politique de formation. Le résultat est que l’équipe nationale elle-même dépend du football étranger, faute d’un vivier local correctement encadré.

La jeunesse préfère le risque de la mer à l’impasse à terre

Et pendant que les dirigeants s’accrochent à leurs fauteuils, la jeunesse, elle, a déjà tranché. Elle ne croit plus aux promesses de refondation. Elle regarde ailleurs, et elle part. L’histoire de Yacine Mezeri et Mohamed Safsafi, deux espoirs du RC Kouba qui ont troqué leur rêve de football contre une embarcation de fortune pour rejoindre l’Europe, n’est pas un fait divers isolé. C’est un symptôme. Des dizaines de jeunes athlètes, parfois parmi les plus prometteurs, choisissent l’exil ( clandestin ou non ) plutôt que de continuer à évoluer dans un système qui ne leur offre ni perspectives, ni reconnaissance, ni justice. Lorsque la seule échappatoire pour un jeune sportif est de risquer sa vie en mer, c’est que le pays a failli à sa mission la plus élémentaire : offrir un avenir à sa jeunesse.

Un échec qu’il faut assumer

Il faut le reconnaître une bonne fois pour toutes : dans le domaine de la jeunesse et des sports, l’Algérie a échoué. Non pas à cause d’un manque de talents ( le pays en regorge ), mais à cause d’une gouvernance qui a systématiquement placé la loyauté avant la compétence, la conservation du pouvoir avant le développement, et la protection des intérêts privés avant l’intérêt général. Une politique sportive véritablement ambitieuse exigerait de la transparence dans les nominations, une réelle reddition des comptes pour tous ( y compris ceux qui sont encore en poste ), l’autonomie des fédérations et une vision à long terme centrée sur la formation et les infrastructures.

Tant que ces conditions ne seront pas réunies, tant que les mêmes réseaux continueront de verrouiller les instances et de recycler les mêmes responsables, le sport algérien ne pourra que s’enfoncer dans le déclin. Et pendant ce temps, la jeunesse continuera de jeter son espoir dans une barque, préférant l’inconnu de la traversée à la certitude de l’impasse qui l’attend chez elle.