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 Le sport algérien ou la fabrique de l’injustice : quand la jeunesse préfère la mer à l’impasse

by kimi-redaction

Pourquoi un tel sentiment d’injustice domine-t-il le secteur algérien de la jeunesse et des sports, au point de devenir une réalité documentée et destructrice ? Les exemples ne manquent pas : la disparition de la rameuse Feriel Zitouni lors des Mondiaux U23 en Pologne, en juillet 2025, et l’exil par la mer de deux espoirs du RC Kouba, Yacine Mezeri et Mohamed Safsafi, qui ont préféré risquer leur vie plutôt que de subir un système sans perspectives. La cause profonde réside dans une gouvernance verrouillée, fondée sur la loyauté plutôt que sur la compétence, sur l’impunité, le clientélisme et le bricolage, avec des spécialistes écartés et des réseaux qui recyclent les mêmes responsables. Le rôle délétère d’une certaine presse complaisante est également pointé du doigt : une presse qui, selon les cas, selon les personnes et selon les clans qu’elle protège, choisit le silence ou le bruit, et discrédite ainsi tout le secteur.

Pourquoi une étude sociologique et une enquête de terrain sont indispensables

Il est temps de réclamer une étude sociologique, une enquête de terrain, une analyse approfondie du secteur. Les résultats éphémères et sans consistance ne trompent plus personne. Une médaille en carton, un titre dans un tournoi de moindre importance ne peuvent occulter la réalité : des dizaines de jeunes talents disparaissent chaque année, non pas par manque d’amour pour leur pays, mais parce qu’ils n’y trouvent plus leur place.

Sans diagnostic scientifique, sans données fiables sur les causes de l’exil, sur les mécanismes de blocage dans les fédérations, sur le rôle des réseaux d’influence, toute réforme ne sera qu’un cautère sur une jambe de bois. Il faut arrêter de « bourrer le crâne » avec des feuilles de route qui ne sont jamais évaluées. Une enquête de terrain, menée par des sociologues, des économistes du sport et des cadres expérimentés, est la condition sine qua non pour dresser un tableau réel de la situation.

Y a-t-il une solution ? Oui, mais elle exige un sursaut responsable

La solution ne viendra pas de ceux qui ont intérêt à maintenir le statu quo. Elle exige une rupture. Concrètement, plusieurs pistes s’imposent :

  • Une réelle reddition des comptes, pour tous. L’impunité doit cesser. Les gestionnaires actuels, et pas seulement les « déchus », doivent être soumis à des audits indépendants et à des évaluations de performance. Le « bricolage » et le « clientélisme » doivent être sanctionnés, non récompensés par des postes gouvernementaux.
  • L’autonomie véritable des fédérations, sous supervision transparente. L’ingérence politique et les nominations par cooptation doivent cesser. Les présidents de fédérations doivent être élus sur la base de projets crédibles, et non sur leur capacité à servir des intérêts de clans.
  • Des états généraux du sport et de la jeunesse, avec les vrais spécialistes. Il faut asseoir autour de la même table les techniciens, les anciens champions, les éducateurs, les sociologues, mais sans complaisance et sans les représentants du système actuel qui viendraient noyauter le débat. L’objectif : une charte nationale du sport, avec des objectifs mesurables et un calendrier contraignant.
  • Une politique de formation et de suivi digne de ce nom. Le cas d’Ali Malek, cité précédemment, est emblématique : en dehors de l’académie du Paradou, il n’y a pratiquement aucune production de jeunes joueurs. Le championnat vit au jour le jour. Il faut investir massivement dans la formation des éducateurs, dans les infrastructures de proximité, et garantir un suivi psychologique et professionnel aux jeunes talents, pour qu’ils ne se sentent plus « ignorés » et « sans perspectives ».

À quand le sursaut ?

La question n’est plus de savoir si la politique actuelle a échoué : elle a échoué, et elle mène droit dans le mur. La question est de savoir combien de temps encore faudra-t-il attendre avant que l’État ne prenne réellement ce problème à bras-le-corps. Combien de Feriel Zitouni, de Yacine Mezeri et de Mohamed Safsafi devront encore risquer leur vie pour que l’on comprenne que le sport n’est pas une variable d’ajustement politique, mais un pilier de la jeunesse, de la santé publique et de la fierté nationale ?

Le sursaut responsable ne viendra pas d’en haut, tant que les mêmes réseaux contrôleront les institutions. Il devra être exigé par la société civile, par les familles, par les athlètes eux-mêmes, et par une presse véritablement indépendante et courageuse. Il est temps de cesser de montrer des médailles en carton pour satisfaire des ego. Il est temps de regarder la réalité en face : une jeunesse qui préfère la mer à l’impasse est une jeunesse qu’on a trahie. Et aucune médaille ne pourra jamais effacer ce constat.