
10 ans de prison requis contre des bilans validés par le Trésor public. Un contrat « en nature » contre une accusation de dilapidation. Une expertise complémentaire ignorée qui affirmait l’absence de préjudice. À quatre jours du verdict, décryptage des deux dossiers que les juges ont entre les mains.
Le paradoxe du procès
Jamais procès n’aura opposé deux récits aussi contradictoires sur les mêmes pièces. Pour l’accusation : abus de fonction, dilapidation de deniers publics, contrats contraires à la réglementation, primes après les sacres et dossier Adidas. Pour la défense : aucune subvention reçue sous le mandat Zetchi, un contrat Adidas en nature, des bilans approuvés en assemblée générale et un quitus du Trésor public.
Après trois jours d’auditions et des réquisitions de 10 ans de prison, la journée de dimanche a été celle de la défense. Devant un plateau d’avocats expérimentés — plusieurs figures du bâtonnat algérois, un docteur en droit, un ancien membre du Tribunal arbitral du sport —, la plaidoirie a pris des allures de réquisitoire… contre l’accusation.
Le dossier Adidas, pièce par pièce
C’est le cœur du débat. La défense a expliqué pendant des heures : passage d’un représentant de Dubaï à un représentant en France, négociation directe avec la maison mère, contrat porté de 700 000 à 1,9 million de dollars — puis 8 millions de dollars d’équipements sur quatre ans, « 8 millions économisés pour la fédération et pour le Trésor », selon Maître Feddak. Et la question centrale de la plaidoirie : « Comment parler de détournement quand il n’y a pas d’argent ? »
Maître Hammoum Lyes, second avocat de Saâd, avait ouvert le bal avec un argument simple et massue : durant tout le mandat, la subvention de l’État était égale à zéro. « Il ne peut donc y avoir détournement de deniers publics. » La défense a également insisté sur le fait que le code des marchés publics ne s’applique pas aux associations, régies par la loi 12/06, et que les bilans ont été approuvés en assemblée générale et ont obtenu le quitus du Trésor public. « Pas de réserve du représentant du ministère, pas de réserve du commissaire aux comptes », a plaidé Maître Feddak.
L’expertise oubliée
Maître Alleg a soulevé un point que l’instruction devra assumer : à côté du rapport de l’IGF — non signé — existait un rapport d’expertise complémentaire, ignoré par l’instruction, qui confirmait noir sur blanc l’absence de préjudice pour la fédération. « Où est le document qui prouve le contraire ? », a renchéri Maître Sebaa à propos du rapport de passation de Nekkache, validé par la fédération, le commissaire aux comptes et le Trésor.
L’avocat de Zfizef est entré dans le vif du sujet avec une formule restée dans la salle : « Des gens instruits, de très haut niveau, mis en prison, et depuis 4 jours, on parle d’un maillot et d’une chambre d’hôtel. » Il a aussi remis au juge des contrats d’agences reconnues par la FIFA ailleurs dans le monde, en demandant pourquoi, « seulement en Algérie, cela pose un problème ».
Le mystère Labdi
Reste une question sans réponse : le contrat du manager Amine Labdi — qui a révélé que Walid Sadi figurait parmi les managers payés — existait et était conforme, selon Maître Feddak, qui le brandit au juge. Alors pourquoi ce dossier est-il introuvable à la fédération ? La défense a également soutenu que le cas Labdi était réglementaire, avec 750 000 DA face à des managers de clubs payés le triple, selon Maître Amara.
Ce que le verdict devra trancher
La qualification : les faits relèvent-ils de la loi 12/06 sur les associations — qui n’impose pas le code des marchés publics — ou de délits pénaux ? La matière : équipements présents au magasin — la responsable l’a juré au micro —, hôtel Tazrout au tarif « imbattable », CTN de Sidi Moussa réquisitionné pendant le Covid. Et la peine : 10 ans requis contre 2 ans déjà détenus.
Le tribunal devra aussi se prononcer sur les autres volets évoqués lors des plaidoiries : le rôle du secrétaire général, les factures Mali, Niger et stage — environ 65 000 € l’une — couvertes, selon la défense, par l’article 21 du règlement intérieur, ou encore la convention avec Concorde Voyages, que la défense rattache à ce même article 21 et non à l’article 13. « Sans irrégularité, jamais la Banque d’Algérie n’aurait autorisé les transferts », a précisé une consœur de Maître Alleg.
Verdict mardi 27 octobre
Le tribunal rendra son jugement mardi 27 octobre 2026. Condamnation, acquittement ou relaxe partielle : jusqu’au prononcé, la présomption d’innocence s’applique à tous les prévenus. EL Qabila sera sur place.