Une missive qui remonte le temps
Nous sommes en 2026. Le secrétaire général du ministère des Sports se décide enfin à saisir sa plus belle plume pour interpeller la Fédération mondiale de Viet Vo Dao. Motif : exiger des éclaircissements sur les graves dérives de la Fédération algérienne de Viet Vo Dao. Une lettre bien léchée, cachetée, enregistrée, numérotée. Un détail cloche pourtant : la réponse lui parvient… avec une date de 2025.
En clair, le ministère a patienté plus d’un an avant de poser une question dont la réponse dormait déjà dans ses propres classeurs. Faut-il y voir un simple décalage administratif ? Ou bien quelqu’un qui, sciemment, laisse le temps s’étirer pour que certaines choses continuent de macérer tranquillement dans l’ombre ?
Pendant plus d’un an, le ministère a joué les sourds. Pire encore : d’après El Qabila, l’opération frauduleuse a été entérinée avec l’assentiment du secrétaire général en personne. Ce n’est donc pas un homme qui découvre les faits — c’est un homme qui les connaissait déjà.
Alors pourquoi adresser cette lettre en 2026 ?
Que cherche le secrétaire général ?
Là est la véritable question. Que veut le secrétaire général ?
Si les preuves s’empilaient sur son bureau depuis 2025, il avait les moyens d’agir :
- Saisir sans délai l’inspection interne du ministère pour établir les responsabilités ;
- Suspendre à titre conservatoire le président de la fédération, afin d’empêcher toute destruction de preuves et toute pression sur les témoins ;
- Transmettre le dossier à la justice, au lieu de l’ensevelir sous les lourdeurs administratives.
Il n’a rien fait de tout cela. Il a opté pour la solution la plus confortable : rédiger une lettre à une instance internationale, puis croiser les bras.
La vraie fonction de cette lettre n’est pas de rechercher la vérité, mais de fabriquer l’apparence d’un dossier en cours de traitement. Elle expédie la balle vers une fédération lointaine, dont la réponse est déjà connue. Ce que le secrétaire général attend véritablement, ce n’est pas la réponse. C’est le temps : que la tempête médiatique s’essouffle, que l’opinion se détourne, que ce scandale finisse aux oubliettes de l’administration.
Y a-t-il anguille sous roche ?
L’expression prend ici tout son sens : oui, il y a anguille sous roche.
L’anguille, la voici : un secrétaire général qui détient les preuves, qui a le pouvoir de suspendre, de saisir l’inspection, de transmettre à la justice — et qui ne fait rien. Les faits dénoncés sont accablants : détournement de devises, fausses déclarations, opérations frauduleuses validées au sommet de la hiérarchie. Et dans cette chaîne de validation, son propre nom figure noir sur blanc.
Comment un homme censé rendre des comptes sur ses propres décisions pourrait-il diligenter une enquête contre lui-même ? C’est une absurdité. C’est exactement pour cela qu’il temporise, qu’il baratine, qu’il manipule, qu’il ment. Il ne protège pas la fédération. Il se protège lui-même.
Pendant ce temps, le bateau coule
On s’agite, on fait du vacarme, on rédige des courriers, on invoque des procédures. Mais rien ne bouge. Le président de la fédération reste à son poste. Les devises détournées ne réintègrent pas les caisses. Les sportifs, eux, attendent. Ils attendent des dirigeants intègres, des institutions qui les respectent, un ministère qui fasse son métier.
À la place, ils assistent au spectacle d’une administration qui se contemple en train d’écrire, tandis que l’eau monte dans la cale.
Dans ce dossier nauséabond, l’anguille n’est pas sous la roche. Elle est installée dans le bureau du secrétaire général.