Un nouvel épisode : les 21 rapports de Tarente
Le secrétaire général du ministère des Sports vient d’adresser une correspondance aux 21 fédérations ayant participé aux Jeux méditerranéens de Tarente, en Italie. Chaque fédération est sommée de produire un bilan moral et technique de sa mission, de détailler les problèmes rencontrés et d’identifier les « éléments perturbateurs » qui ont entravé sa participation. Officiellement, il s’agit d’un exercice d’évaluation. Officieusement, c’est un nouvel épisode de la guerre qui oppose, depuis des décennies, le ministère des Sports au Comité olympique algérien (COA).
Une guerre de longue date
Le conflit entre les deux institutions n’est pas nouveau. Il remonte à plusieurs décennies et s’est manifesté à travers de multiples passes d’armes publiques. En 2006, le président du COA, Mustapha Berraf, dénonçait déjà l’« arrêté 05-405 » du ministère, y voyant une tentative de « mettre la main sur le mouvement sportif national ». En 2017, l’affrontement entre le ministre El Hadi Ould Ali et Berraf avait tourné à l’invective ouverte : le ministre appelait le président du COA à « céder sa place avec sagesse », ce à quoi Berraf rétorquait : « Ce n’est pas lui qui m’a élu. »
Depuis, les visages ont changé, mais la structure du conflit est restée identique. Chacun, dans son coin, cherche à rejeter sur l’autre la responsabilité de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le secteur des sports algérien.
L’État, partie prenante malgré lui
Cette guerre institutionnelle ne se déroule pas dans un vide. Les hautes autorités du pays en sont, consciemment ou inconsciemment, devenues parties prenantes. Quand la présidence transfère des infrastructures sportives du ministère vers d’autres administrations, elle affaiblit le ministère. Quand elle reçoit les champions en ignorant le COA, elle délégitime l’instance olympique. Ces gestes, qu’ils soient intentionnels ou non, alimentent le déséquilibre et empêchent toute arbitration neutre.
L’État, qui devrait être le garant de l’unité et de la cohérence du secteur, s’est retrouvé embarqué dans le conflit plutôt que de le résoudre.
La manœuvre des 21 rapports
Le rapport de mission des Jeux méditerranéens devait normalement être produit par le COA, en sa qualité d’instance olympique nationale et d’interlocuteur du Comité international olympique. Mais le ministère a choisi de contourner cette procédure. En exigeant 21 rapports distincts (un par fédération), il noie le poisson.
Cette stratégie présente un double avantage pour le ministère. Si le rapport du COA devait le critiquer, il pourra opposer les 21 rapports fédéraux comme « contre-expertise ». Si les rapports des fédérations mettent en cause le COA, il disposera de nouvelles munitions pour délégitimer l’instance olympique. Dans les deux cas, le ministère se place en position de force, au détriment de la transparence et de l’efficacité.
Une bureaucratie qui prouve la non-maîtrise
Au-delà de la guerre institutionnelle, la démarche du ministère révèle une profonde carence de gouvernance. Quand une institution a besoin de commander 21 rapports séparés pour reconstituer un « tableau d’ensemble », elle admet non pas un déficit d’information, mais une défaillance de sa propre capacité d’évaluation. La responsabilité se disperse, aucun acteur n’assume l’échec collectif, et la bureaucratie remplace la gouvernance.
Les vrais problèmes (financement des préparations, transparence des sélections, soutien aux athlètes) sont ensevelis sous la paperasse. Les 40 médailles de Tarente sont l’œuvre des athlètes, pas celle des institutions. Ces athlètes se sont entraînés dans les interstices d’un système dysfonctionnel, souvent grâce au financement de leurs propres parents.
Conclusion
Tant que la guerre entre le ministère des Sports et le Comité olympique algérien se poursuivra, tant que l’État continuera d’intervenir en prenant parti plutôt qu’en arbitrant, les vrais problèmes du sport algérien ne figureront dans aucun rapport. Les 21 rapports de Tarente ne produiront pas un diagnostic, mais un document politique de plus, une pièce supplémentaire dans un conflit qui, depuis des décennies, sacrifie le sport national sur l’autel des rivalités institutionnelles.