Débrief Algérie – Niger : À la croisée des chemins, entre miracle et effondrement
Le match amical disputé ce mardi 6 octobre 2026 au stade Hocine-Aït-Ahmed de Tizi-Ouzou face au Niger s’est soldé par une victoire algérienne (2-1). Mais derrière ce score favorable, c’est une véritable radioscopie inquiétante de l’équipe nationale qui s’est offerte à nous. Une victoire dans la douleur, arrachée grâce à des individualités, mais qui laisse entrevoir un vide collectif béant.
Un contenu inquiétant malgré le succès
Les observateurs sont unanimes : le contenu de ce match a été bien fade. La première période a été particulièrement désordonnée, sans véritable idée directrice. L’équipe a longtemps subi le pressing adverse au lieu de l’exercer. Il a fallu attendre des éclairs individuels et un penalty transformé avec sang-froid par Ramy Bensebaini pour sceller la victoire. Comme l’a si bien résumé Ilan Kebbal, « On fait un très mauvais match… la victoire sauve notre prestation mais cela reste insuffisant ».
Ce constat n’est pas anodin. Il révèle une équipe qui, malgré un potentiel individuel indéniable, peine à trouver un équilibre collectif et une identité de jeu. Le sélectionneur lui-même, Brahim Hemdani, a reconnu que « le chantier défensif est celui qui me préoccupe le plus ».
Un staff aux contours troubles
Et c’est là que le bât blesse. La composition de ce nouveau staff interpelle. Brahim Hemdani, le sélectionneur, a certes été un joueur de haut niveau (OM, Rangers), mais son parcours d’entraîneur est limité. Il a débuté dans les divisions inférieures françaises, à Courbevoie puis à Marignane-Gignac, loin des projecteurs et de l’exigence du très haut niveau international.
Son adjoint, Antar Yahia, est une légende du football algérien, le héros du but historique face à l’Égypte en 2009. Mais son expérience d’entraîneur se résume à un poste d’entraîneur des U17 à Angers SCO.
Cette configuration soulève une question fondamentale : sur quels critères ces hommes ont-ils été choisis ? Leur compétence avérée pour le poste, ou d’autres considérations ? Le contraste avec l’ère Djamel Belmadi, dont l’autorité et le palmarès (CAN 2019) forçaient le respect, est saisissant.
La question qui fâche : l’accaparement par les binationaux
Au-delà du staff, un autre débat refait surface avec acuité : la place des joueurs binationaux dans la sélection. Personne ne remet en cause leur algérienneté ni leur droit de porter le maillot national. Mais une question légitime se pose : sont-ils soumis aux mêmes règles et aux mêmes critères de sélection que les joueurs locaux ?
Les témoignages d’anciens internationaux sont éloquents. Islam Slimani a fustigé les joueurs qui « hésitent » ou qui choisissent l’Algérie par « calcul de carrière ». Djamel Benlamri a été plus direct : « Le joueur local doit toujours faire 100 fois plus que le binational pour être en équipe nationale ».
Le sélectionneur actuel, Brahim Hemdani, a lui-même été interpellé sur son passé et sur le dossier des binationaux. Il a reconnu que « plusieurs joueurs susceptibles de représenter l’Algérie hésitent encore entre plusieurs sélections ».
Mais le mal est plus profond. Les critères de sélection, pour les joueurs comme pour le staff, restent opaques. Une double exigence semble s’appliquer : indulgence pour les uns, intransigeance pour les autres. Cette asymétrie est une bombe à retardement. Elle nourrit un sentiment d’injustice, démobilise les joueurs locaux et fragilise la cohésion du groupe.
Conclusion : un avenir en suspens
L’Algérie est à la croisée des chemins. D’un côté, un potentiel immense, une génération talentueuse, et la perspective d’une CAN 2027 à domicile qui pourrait tout transcender. De l’autre, des failles structurelles profondes, un staff aux fondations fragiles, et une gestion des ressources humaines qui interroge.
La victoire contre le Niger ne doit pas masquer l’urgence. Sans transparence dans les critères de sélection, sans cohérence dans le projet sportif, et sans une véritable reddition des comptes, le miracle tant espéré pourrait bien se transformer en effondrement. Le football algérien n’a pas besoin d’une nouvelle comédie. Il a besoin de vérité et de compétence. Le temps presse.