C’est une question que se posent des milliers de supporters algériens chaque week-end : quand l’USM Alger affronte le MC Alger au stade du 5 Juillet, quand le CRB reçoit au Nelson-Mandela de Baraki, qui est réellement le propriétaire de ces cathédrales du foot ? Les clubs ? Les communes ? L’État ? Décryptage.
Le principe de base : tout appartient à l’État
Contrairement à l’Europe où certains grands clubs possèdent leur enceinte, en France, seuls l’Olympique Lyonnais et l’AJ Auxerre évoluent dans un stade qui leur appartient
en Algérie, tous les stades sont des biens publics, construits et financés par l’État.
Le stade du 5 Juillet, inauguré le 17 juin 1972 par le président Houari Boumediène, en est l’exemple historique : conçu par un bureau d’études hongrois, construit par des entreprises algériennes et françaises, il n’a jamais appartenu à aucun club
. Même ses escaliers portent la marque de l’État : c’est l’État qui finance, l’État qui décide.
Mais qui gère au quotidien ?
C’est là que ça se complique. La propriété étant publique, la gestion est confiée à différents organismes :
- Le ministère de la Jeunesse et des Sports, via les Directions de la Jeunesse et des Sports (DJS) des wilayas, qui administrent la plupart des enceintes historiques.
- L’Office du Complexe Olympique (OCO), qui gère le stade Nelson-Mandela de Baraki (40 784 places, environ 280 millions d’euros de travaux) — un stade placé sous sa tutelle depuis décembre 2024 . La FAF, elle, a officiellement demandé la concession de cette enceinte pour en prendre la gestion .
Le tournant : les stades offerts aux clubs
Depuis 2021, une petite révolution est en marche. Le président Tebboune a décidé d’attribuer certains stades neufs aux grands clubs, à la manière européenne :
- Douéra (stade Chahid Ali Ammar « Ali la Pointe », 40 000 places) : construit par la firme chinoise ZCIGC, son exploitation a été attribuée officiellement au MC Alger par décret présidentiel paru au Journal officiel en octobre 2023, en reconnaissance de son « militantisme historique » et de sa participation à la guerre de libération nationale .
- Tizi Ouzou (stade Hocine Aït Ahmed, 50 766 places) : inauguré le 10 juillet 2024, construit pour la JS Kabylie — le club y joue ses matchs à domicile depuis septembre 2024 .
- Oran (stade Miloud Hadefi, 40 000 places) : le MC Oran y est domicilié depuis la saison 2024-2025 .
Le problème de fond : locataires chez eux
Reste la règle générale : la plupart des clubs algériens ( USM Alger, CR Belouizdad, ES Sétif, JS Saoura… ) sont des simples usagers d’équipements publics. Ils paient parfois des redevances, ne touchent aucune recette de billetterie réelle, et ne peuvent pas investir dans leur enceinte comme le fait un club européen propriétaire.
La comparaison est parlante : en Allemagne, une quinzaine de clubs de Bundesliga sont propriétaires de leur stade
. En Algérie, on peut les compter sur les doigts d’une main.
Conclusion
Alors, à qui appartiennent les stades en Algérie ? À l’État, presque toujours. Mais le vent tourne : la précédente décennie a vu naître un modèle hybride où l’État construit puis confie la gestion aux clubs historiques. Prochaine étape logique ( et c’est tout l’enjeu pour le foot algérien ) : passer de la simple attribution de gestion à une vraie propriété, avec toutes les recettes que cela génère et les tracasseries qui vont avec.