Il est des silences qui en disent plus long que tous les communiqués. Dans le dossier Ferhat Fazil, président de la Fédération Algérienne de Boxe, le silence du ministère des Sports est devenu assourdissant. Alors que la justice a tranché, que l’intéressé a été totalement acquitté et que sa réhabilitation tarde à venir, les autorités sportives algériennes semblent avoir choisi l’immobilisme. Une situation qui interroge, inquiète et scandalise.
Reconnu par les instances internationales, Ferhat Fazil a été suspendu à vie par les autorités sportives algériennes. Une décision lourde, prise dans un contexte explosif. Tout commence par une accusation grave : harcèlement sexuel. Quatre membres de l’équipe nationale féminine de boxe, dont la célèbre athlète Imane Khelif, ainsi qu’une soigneuse, portent plainte contre lui. Les conséquences sont immédiates : arrestation, mandat de dépôt, trois mois de prison. Une épreuve personnelle terrible, marquée par le décès de son père, dont il n’apprendra la nouvelle qu’à sa sortie de détention.
Puis vient le temps de l’enquête. Et là, le scénario change radicalement. Selon les éléments du dossier, cette affaire apparaît comme un complot minutieusement orchestré par certains membres influents de la « famille sportive » algérienne. Objectif : le discréditer, l’écarter de la fédération, faire main basse sur une institution. Ferhat Fazil est finalement acquitté de toutes les accusations. La justice reconnaît qu’il a été victime d’un coup monté. Mais la reconnaissance judiciaire ne vaut pas réhabilitation sportive.
C’est là que le bât blesse. Aujourd’hui, malgré son acquittement, Ferhat Fazil reste suspendu. Des courriers ont été envoyés. Des dossiers ont été déposés au ministère. Des demandes d’audience ont été formulées. Toujours rien. Silence total et absolu. Aucune réponse. Aucune explication. Aucune décision. Comme si le dossier était condamné à dormir, à pourrir, à attendre que l’opinion se détourne et que les responsabilités se diluent.
Cette inertie n’est pas neutre. Elle pose une question fondamentale : pourquoi l’autorité sportive refuse-t-elle de tirer les conséquences d’un acquittement total ? Pourquoi la suspension à vie n’est-elle pas réexaminée ? Pourquoi les demandes d’audience restent-elles lettre morte ? Le ministère des Sports n’est pas un simple spectateur. Il a une responsabilité. Il doit rendre des comptes. Il doit dire si, oui ou non, il entend respecter la décision de justice. Il doit expliquer ce qui bloque. Il doit nommer les responsabilités.
Pour beaucoup, Ferhat Fazil est toujours victime du même système. Les mêmes personnes, usant de leurs connaissances et de leurs réseaux, continueraient de laisser ce dossier en jachère. Une manière de prolonger la sanction hors des prétoires, de maintenir un homme sous pression, de l’empêcher de reprendre sa place. C’est une forme de justice parallèle, exercée par la voie administrative, en contradiction avec l’esprit de l’État de droit.
Le sport algérien a déjà payé un lourd tribut à ces luttes intestines. Les rivalités de personnes, les jeux d’influence, les règlements de comptes ont trop souvent pris le pas sur les projets sportifs. L’affaire Ferhat Fazil en est une illustration cruelle. Elle montre comment une accusation peut détruire une réputation, comment une procédure peut être instrumentalisée, et comment, même après un acquittement, un responsable peut rester suspendu sans que personne ne s’en émeuve officiellement.
La question qui se pose désormais est simple : doit-il attendre encore ? Doit-il continuer à envoyer des courriers sans réponse, à solliciter des audiences sans suite, à espérer une décision qui ne vient pas ? Ou doit-il passer à la vitesse supérieure ? Saisir la justice administrative ? Interpeller publiquement les plus hautes autorités ? Alerter les instances internationales ? Les jours prochains nous le diront.
Mais une chose est certaine : le silence du ministère n’est plus tenable. Il alimente les soupçons. Il donne le sentiment que la justice ne s’applique pas de la même manière pour tous. Il affaiblit la crédibilité des institutions sportives. Un acquittement n’est pas une faveur, c’est un droit. La réhabilitation d’un citoyen innocenté ne devrait pas dépendre de la bonne volonté d’une administration, ni des réseaux d’influence.
Le dossier Ferhat Fazil n’est pas seulement l’affaire d’un homme. C’est un test pour tout le sport algérien. Soit l’État de droit prévaut, et la justice est respectée jusqu’au bout. Soit le silence continue, et c’est tout le système qui en sort décrédibilisé. Les jours prochains seront décisifs. Le ministère des Sports doit enfin sortir de son mutisme. La balle est dans son camp.