« Laissez-le travailler ». C’est la phrase qu’on entend partout dans le domaine du sport. Une formule magique, brandie comme un bouclier dès qu’une nomination contestable suscite des interrogations. On place des copains, des connaissances, souvent sur la base d’intérêts personnels, pour des miettes de pouvoir. Et à la moindre réclamation, à la moindre critique, on nous sert ce refrain : « Laissez-le travailler ». Comme si le simple fait d’occuper un poste suffisait à légitimer une incompétence, à effacer les doutes, à museler les voix.
Puis, au bout d’un temps, le voile se déchire. On se rend compte que nous avons perdu du temps. Des projets sacrifiés. Toute une jeunesse. Une discipline entière. Des talents prometteurs. Et à la fin, une faillite ou une démission vient clore le chapitre. Et on n’en parle plus.
C’est exactement le cas aujourd’hui du désormais ex-président de la Fédération algérienne de natation, M. Zahafi. Un homme sorti du chapeau, venu de nulle part, juste pour faire barrage à un vrai champion : Salim Iles. Sous la houlette d’un clan chapeauté par Abderrahmane Hammad, qui occupait alors le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports et président du Comité olympique algérien. La solidarité entre ignorants. Des calculs purement primaires. Et nous voilà aujourd’hui devant l’effondrement de la natation algérienne.
Mais les vrais responsables sont ailleurs. Les vrais responsables sont ceux qui ont la capacité de nommer ces ministres, ces présidents de fédérations, ces responsables des instances sportives. Ceux qui tirent les ficelles, qui placent leurs hommes, qui ferment les yeux sur l’incompétence, qui sacrifient le sport sur l’autel des intérêts partisans.
La question aujourd’hui est simple, mais terrible : qui va payer la facture de tous les dégâts causés ?
Qui rendra des comptes pour les années perdues, pour les talents gâchés, pour les rêves brisés ? Qui répondra de cette faillite annoncée, de ce gâchis organisé ? Personne, sans doute. Parce que dans ce système, on ne paie jamais. On démissionne, on se recycle, on attend que l’oubli fasse son œuvre. Et pendant ce temps, une nouvelle génération de sportifs regarde ailleurs, ou abandonne.
Le refrain « laissez-le travailler » n’est pas une marque de confiance. C’est une insulte à l’intelligence. C’est un paravent pour l’irresponsabilité. Et tant que ceux qui nomment ne seront pas tenus de rendre des comptes, tant que la compétence ne sera pas le seul critère, tant que le sport sera un terrain de jeu pour les clans et les intérêts, la natation algérienne – et bien d’autres disciplines – continuera de couler.
Et ce ne sont pas les « laissez-le travailler » qui la sauveront.