Depuis août 2020, une instruction présidentielle claire et ferme a été adressée aux membres du gouvernement, à l’appareil judiciaire et aux services de sécurité : ne plus tenir compte des lettres anonymes dans les poursuites . Le président Abdelmadjid Tebboune avait alors dressé un constat accablant de l’impact de ces pratiques sur le fonctionnement des administrations et des entreprises publiques, dénonçant un « climat de crainte et de suspicion » paralysant l’initiative des cadres .
Pourtant, le ministère des Sports semble avoir choisi d’ignorer cette directive présidentielle. L’affaire qui secoue actuellement la Fédération algérienne handisport (FAH) en est une illustration criante.
Une décision précipitée sur la base d’un fait non réglementaire
M. Cherih Hamza, qui devait représenter l’Algérie au congrès international de basket-ball en fauteuil, a vu sa participation compromise en raison d’une lettre anonyme le concernant . Pourtant, la procédure administrative est claire : pour déposer un courrier au bureau d’ordre du ministère, une pièce d’identité est exigée. Dès lors, une question s’impose : par quel biais cette lettre est-elle parvenue au ministère, et quel service a bien pu la traiter ?
Le président Tebboune avait pourtant été on ne peut plus explicite dans son instruction : les lettres de dénonciation anonymes « ne peuvent en aucun cas constituer une preuve d’imputabilité de faits qualifiés de crime ou de délit » . Il avait également ordonné aux services concernés de « ne plus tenir compte, à l’avenir, des lettres de dénonciation anonymes » .
Le ministère, en prenant une décision sur la base d’un tel courrier, va donc à l’encontre des instructions présidentielles et installe un précédent dangereux.
« Diplomatie sportive » contre pratiques amateurs
Le ministre des Sports, Walid Sadi, ne cesse pourtant de vanter les mérites de la diplomatie sportive, affirmant que « le sport a toujours eu une grande influence sur la diplomatie » et que le président Tebboune « souhaite un retour fort de la diplomatie sportive » . Le ministère s’engage dans des partenariats internationaux et promeut l’image de l’Algérie à travers le sport .
Mais ces beaux discours peinent à masquer la réalité du terrain. Comment concilier ces ambitions diplomatiques avec des pratiques qui relèvent d’un autre âge, où des « subterfuges minables » suffisent à bloquer la participation d’un représentant algérien à une instance internationale ?
Une atteinte à la crédibilité de la fédération
Si le ministère estimait devoir examiner cette lettre anonyme, il avait toute latitude pour déclencher une inspection et mener les investigations dans les règles, conformément aux procédures en vigueur. L’instruction présidentielle elle-même rappelle que « l’administration judiciaire dispose de tous les moyens légaux pour mener des investigations » .
Au lieu de cela, le ministère a choisi la précipitation, court-circuitant les décisions du bureau fédéral et privant l’Algérie d’un représentant élu à une instance continentale . Cette décision précipitée jette le discrédit sur l’ensemble de la Fédération algérienne handisport, dont l’Assemblée générale a pourtant validé ses bilans en 2025 .
Une question de cohérence
Le président Tebboune avait vu juste en dénonçant un « climat malsain » alimenté par des rumeurs « distillées par les tenants de l’argent sale, des corrompus, ceux qui veulent à tout prix déstabiliser l’Etat » . En donnant crédit à une lettre anonyme, le ministère alimente précisément ce climat que le chef de l’État entendait éradiquer.
Le sport algérien mérite mieux que ces pratiques d’un autre temps. La diplomatie sportive ne se construit pas sur des décisions arbitraires, mais sur le respect des règles et des institutions. Il est temps que les discours officiels et les actes finissent par coïncider.