L’Algérie est arrivée aux Jeux Méditerranéens de Tarente avec un lourd boulet au pied. Avant même que les premiers athlètes ne foulent les bassins ou les pistes, le secteur sportif national encaissait un premier camouflet retentissant : Abderrahmane Hammad, le président du comité olympique algérien, perdait son siège au bureau exécutif du CIJM, terminant bon dernier des candidats. Une humiliation dont les répercussions psychologiques et politiques allaient vite se faire sentir.
Sur le plan purement sportif, les résultats des premières disciplines engagées ( cyclisme, natation, boxe) furent à l’image de cette désillusion : sans éclat, sans combat, sans vie. Éliminations précoces, performances faméliques, regards vides. Mais ce naufrage était-il vraiment imprévisible ? Non, car il est le fruit logique d’une gestion hors du temps, hors du réel, menée par des incompétents dont l’unique talent est de s’accrocher aux fauteuils, avec la complicité active de ceux qui les y ont placés.
Derrière ces mauvais résultats se dessine en réalité un conflit larvé, une guerre d’influence entre le Comité olympique algérien et le ministère des Sports. Un affrontement où les athlètes ne sont que des otages.
Abderrahmane Hammad, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, n’a pas quitté le secteur sans y placer ses pions. Avant de partir, il a nommé des présidents de fédérations choisis parmi ses alliés les plus fidèles. Mais son coup le plus toxique fut une circulaire imposant aux fédérations, ligues et clubs de boucler leur bilan comptable des six premiers mois de l’année, une manœuvre administrative qui a automatiquement bloqué leur subvention par le ministère des Finances pour « irrégularité ».
Quelques temps plus tard, le même Hammad, avec une constance machiavélique, informait les hautes autorités que la préparation des athlètes était perturbée… faute de subvention du ministère. Profitant de la faiblesse supposée de son successeur, il se pose en victime, accuse le ministère de mauvaise gestion, et omet soigneusement de dire qu’il est lui-même l’artisan du blocage.
Preuve par l’exemple : le président de la Fédération algérienne de natation, ( alias el kernite), a sciemment ignoré trois mises en demeure du ministère pour signer son contrat-programme et recevoir les aides necessaires. Son argument ? Il bénéficiait de la prise en charge du Comité olympique. Mais les nageurs ont démenti, les larmes dans la voix, témoignant n’avoir reçu aucune aide, leur préparation ayant été financée par leurs propres familles. Pour couronner le tout, la non-convocation du jeune Jaouad Sayoud, talent incontestable, n’avait qu’un but : empêcher un résultat qui aurait pu déranger le récit imposé par cette clique.
Ce jeu machiavélique, aussi dangereux qu’irresponsable, se joue sur le dos de nos jeunes sportifs. Ces petits joueurs, pour la plupart parachutés dans des postes qu’ils ne méritent pas, n’ont aucun respect pour le drapeau, pour la nation, ni même pour les valeurs olympiques. Ils n’ont rien à voir avec le sport, ils n’en comprennent ni la rigueur, ni la fierté, ni le sacrifice.
Derrière ce théâtre d’ombres, un homme orchestre tout : Mustapha Berraf, qui se pavane, verse quelques larmes bien calculées devant les caméras pour attendrir les autorités, alors qu’il n’occupe officiellement aucun poste au niveau national. Une mise en scène pathétique.
Le résumé de cette triste histoire est édifiant : cette équipe dirigeante a réussi à tromper tout le monde. Ils ont été reçus, honorés, récompensés au palais d’El Mouradia par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, tandis que nos cadres sportifs, véritables héros de l’ombre, meurent de tristesse et de dénigrement, étouffés par une bureaucratie nauséabonde.
Aujourd’hui, le sport algérien est devenu un secteur maudit, non par fatalité, mais par la volonté délibérée de ceux qui en ont fait un champ de bataille politique. Pendant qu’ils se déchirent pour des postes, ce sont nos athlètes qui paient le prix fort, sacrifiés sur l’autel d’une guerre des clans dont ils ne sont ni les acteurs, ni les bénéficiaires, mais les premières et dernières victimes de ce chantage sportif.