Le sport algérien, sanctuaire de nos espoirs et vitrine de notre jeunesse, est rongé par un mal insidieux. Derrière le discours officiel sur la performance et la formation, une réalité bien plus sombre se cache : celle d’un secteur livré à des prédateurs qui, sous couvert de bénévolat, se sont taillé des empires. Dangereusement sportif, le milieu est devenu un terrain de jeu pour des intrus habiles, des profiteurs qui ont su exploiter les failles criantes d’un système abandonné par ses pairs et par les autorités. Leur nuisibilité n’est plus à démontrer ; leur danger, pour l’avenir de notre jeunesse, est une certitude.
Le signe particulier de cette caste? Un confort de vie ostentatoire, en totale contradiction avec le statut de « bénévole » qu’ils revendiquent. Ils vivent tous confortablement, accumulant des honneurs et des privilèges. Le paradoxe est saisissant : nous avons vu émerger des « bénévoles milliardaires », qui ont prospéré au détriment des vrais acteurs du sport que sont les athlètes. Pendant que nos champions peinent pour un entraînement décent, ces barons du sport roulent en voitures de luxe, multiplient les voyages et affichent un train de vie qui interroge, au su et au vu de tous, y compris des services de sécurité.
L’exemple parfait, l’héritier désigné de ces pairs défaillants, est Kheireddine Barbari. Son parcours est un cas d’école. Rien ne le prédestinait à régner sur le sport. Instituteur en école primaire, il est devenu le patron d’entités sportives majeures, passant d’une salle de classe à la tête de fédérations et d’institutions, avec un porte-monnaie bien rempli et un rythme de vie confortable qui étonne plus d’un observateur . Il a réussi à tromper son monde, s’érigeant en figure incontournable, allant jusqu’à laisser croire qu’il bénéficie d’un soutien au sommet de l’État, pour mieux amadouer et asseoir son autorité.
Sa carrière est jonchée d’affaires troubles, dont la plus emblématique est sa poursuite en justice par le Colone Ziane, l’entraineur de Houda Chaabi, championne de tir sportif, pour diffamation. Mais l’affaire a pris une tournure aussi surréaliste qu’inquiétante. La plainte a disparu des bureaux du tribunal, non pas une, ni deux, mais trois fois de suite. Cette disparition répétée d’une procédure judiciaire est une illustration parfaite de l’impunité dont jouit un système qui protège ses propres malfaiteurs.
Voilà donc le visage de ce sport algérien que l’on connaît trop bien. Un univers où l’on peut passer du statut d’instituteur à celui de potentat du sport, où des « bénévoles » s’enrichissent et où la justice semble aveugle. Pendant ce temps, le sport algérien s’étiole, notre jeunesse est sacrifiée sur l’autel d’intérêts personnels, et l’espoir d’un renouveau s’éloigne, étouffé par cette gangrène qui prospère dans l’ombre des institutions.