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Le mirage numérique : quand « Tathkirati » devient « Digitiket »

by admin

Il y a quelques années, le ministère des Sports fit un constat ambitieux : moderniser l’entrée dans les stades de football, en finir avec les files d’attente chaotiques et la billetterie papier jugée obsolète. Pour cela, il injecta des milliards dans un vaste projet de numérisation. Ainsi naquit « Tathkirati », une plateforme censée incarner ce saut technologique.

Convaincu de la complexité de l’opération, le ministère fit appel à un partenaire de poids pour une assistance technique : l’EADN, un Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC) rattaché au ministère de la Communication. L’alliance paraissait prometteuse : le sport s’appuyait sur les experts du numérique public.

Mais quelques années plus tard, stupeur. Le ministère se retrouve dépouillé de sa propre création. « Tathkirati » n’est plus qu’un lointain souvenir. Et pour ajouter à l’ironie, c’est désormais à travers une plateforme au nom étrangement familier, « Digitiket », que les supporters doivent passer. Le hic ? Digitiket n’est plus publique. Elle est désormais enregistrée à l’INAPI, détenue par des intérêts privés, et fonctionne… exactement sur le même moule que l’ancienne plateforme.

Un véritable « miracle sportif », comme on dit. Car jamais, dans l’histoire récente, le numérique n’a autant assombri un projet au lieu de l’éclaircir. Au lieu d’apporter la transparence, l’efficacité et l’équité, il a ouvert la voie à une mainmise opaque. « Tathkirati » devait libérer l’accès aux stades ; « Digitiket » l’a privatisé en douce. Les milliards investis par l’État ont servi à bâtir un outil qui, par un tour de passe-passe juridico-technique, lui a échappé. Le sportif est resté sur le bord de la pelouse, tandis que le game, lui, se jouait ailleurs, loin des tribunes.