
Un procès reporté, une société en suspens
Aujourd’hui s’ouvrira le procès de Zetchi, Saâd, Nekkache et Debbichi. Un événement judiciaire très attendu, tant par les proches des accusés que par une opinion publique assoiffée de transparence.
Comme prévisible, l’audience sera reportée au mois de juillet. Zetchi et ses compagnons passeront donc un été de plus derrière les barreaux, dans l’attente d’un jugement qui tarde à venir, d’une vérité qui bégaye, d’une justice qui semble s’essouffler avant même d’avoir parlé.
Ce constat posé, je ne reviendrai pas sur les détails de cette affaire, par respect pour l’institution judiciaire et la présomption d’innocence. Mais une question, plus large, plus profonde, me taraude. Comme elle taraude des milliers d’Algériens depuis des années.
Une question juridique qui dérange?
La loi algérienne, dans son texte, est claire : le mandat de dépôt, (cette mesure privative de liberté) est théoriquement réservé aux personnes qui constituent un danger pour la société.
Alors, je pose la question, simplement, froidement :
Comment justifier, au regard de ce texte, le placement en détention provisoire de cadres, d’universitaires, d’hommes d’affaires, d’acteurs économiques majeurs qui, jusqu’à preuve du contraire, ont contribué à bâtir, à innover et à faire tourner ce pays ?
Je ne parle pas d’innocence ou de culpabilité. Je parle de proportionnalité.
Je parle de respect de la lettre de la loi.
Je parle de cessation de l’arbitraire.
Car si un homme d’affaires reconnu, un universitaire respecté, un dirigeant qui a fait ses preuves, peut être jeté en prison sans jugement, sans accusation formelle, sans débat contradictoire, alors qui est à l’abri ? Qui peut encore dormir tranquille ?
Et nos enfants dans tout ça ?
Mais au-delà du cas particulier, une autre question me hante, plus grave, plus profonde, plus existentielle :
Quel message voulons-nous laisser à nos enfants ?
Parce que c’est ça, le véritable enjeu. Nos enfants grandissent dans une atmosphère où :
- On peut être arrêté sans comprendre pourquoi,
- On peut rester des mois en prison sans jugement,
- On peut voir sa réputation détruite sans avoir été entendu.
Quel exemple donnons-nous à la jeunesse ? Qu’apprend-elle de ce système ? Qu’il faut être riche ? Qu’il faut avoir des relations ? Qu’il faut se taire ? Ou pire, qu’il faut acheter sa liberté ?
L’indicible, le visqueux, le négociable…
Et puisqu’il faut tout dire, puisque l’honnêteté l’exige, abordons l’angle le plus sordide, celui que personne ne veut voir, celui que tout le monde connaît mais que personne ne dénonce.
On sait tous, au fond de nous, que des intermédiaires, se réclamant parfois de la justice elle-même, viennent rôder autour des familles.
Ils proposent des solutions. Ils murmurent des montants. Ils promettent une libération contre quelques « billets ». Une libération, une relaxe, un non-lieu, un arrangement.
Combien de familles ont vécu cela ?
Combien de victimes ont dû payer pour obtenir ce que la loi leur devait déjà ?
Combien ont vu leur proche libéré parce qu’ils ont vendu leur maison, leur voiture, leur dignité ?
Et dans le même temps, d’autres restent en prison parce qu’ils n’ont pas les moyens de « négocier ».
C’est ça, la réalité qu’on ne veut pas voir.
C’est ça, l’hypocrisie dans laquelle nous pataugeons, tous, en silence.
Un appel à la raison, à la réforme, à la dignité
Je ne suis pas un juge, je ne suis pas un avocat, je ne suis pas un homme politique.
Je suis un Algérien.
Un citoyen qui aime son pays.
Un père qui espère pour ses enfants mieux que ce qu’il a vu.
J’appelle, humblement, les responsables de la justice, les gardiens des lois, les hommes et femmes intègres de ce pays, à un sursaut :
- Respecter les lois que vous êtes censés incarner,
- Cesser d’utiliser le mandat de dépôt comme une arme administrative,
- Juger, enfin, dans des délais raisonnables,
- Mettre fin aux pratiques mafieuses qui rongent la crédibilité de l’institution.
Il n’y a pas de justice sans confiance.
Il n’y a pas de société sans sécurité juridique.
Il n’y a pas d’avenir sans transparence.
L’Algérien aspire à la sérénité
L’Algérien, dans sa grande majorité, ne demande pas l’impossible.
Il demande :
- Vivre dans son pays,
- Parmi les siens,
- Dans une société sereine,
- Où règne la justice sociale,
- Avec un véritable sentiment de sécurité.
Pas la sécurité des polices, non. La sécurité de savoir qu’il ne sera pas arrêté demain matin pour un motif vague. La sécurité de savoir que son fils, sa fille, son frère, son voisin, seront jugés sur des faits, pas sur des humeurs. La sécurité de savoir que la justice est la même pour tous, puissant ou modeste, connu ou anonyme.
Un appel à la parole libérée
Je terminerai par une conviction personnelle :
Un jour, il faudra sortir de cette hypocrisie.
Un jour, il faudra changer les lois, ou plutôt, les appliquer.
Un jour, il faudra cesser d’utiliser la justice selon la volonté de celui qui tient les ficelles de l’administration.
Ce jour-là, l’Algérie retrouvera sa fierté.
Ce jour-là, nos enfants croiront à nouveau en l’État de droit.
Ce jour-là, la prison ne sera plus une menace pour l’honnête homme, mais une sanction pour le coupable.
Et vous, chers compatriotes, qu’avez-vous à dire ?
Si vous avez un proche, un ami, un voisin qui a vécu cette situation, parlez.
Si vous avez été témoin de ces « négociations » obscures, témoignez.
Si vous croyez encore en une Algérie juste, ne vous taisez pas.
Parce que le silence nous tue.
Parce que l’indifférence nous enterre.
Parce que la peur nous paralyse.
Mais ensemble, nous pouvons dire STOP.
Ensemble, brisons le silence.
La justice pour tous, pas pour quelques-uns.
L’Algérie mérite mieux.