
Par: Zakaria DJEBBOUR
Dans notre analyse d’avant-match publiée sur LinkedIn, nous avions identifié les failles structurelles du système Bielsa : une ligne haute qui laisse 40 mètres dans son dos, un marquage individuel générateur de chaos, une indiscipline chronique et une chute de pressing après la 65e minute.
Le 0-0 de ce mardi soir à l’Allianz Stadium de Turin confirme l’essentiel de ce diagnostic. L’Uruguay n’a jamais cadré un seul tir face à notre bloc, preuve que la Celeste est bien dans une phase de fragilité structurelle (après le 5-1 contre les USA et le nul laborieux face à l’Angleterre). Notre solidité défensive a neutralisé point par point les mécanismes offensifs que nous avions décortiqués : le troisième homme, les projections de Valverde, les appels de Núñez. En revanche, notre recommandation clé, aspirer leur pressing pour punir dans leur dos, n’a pas pu se matérialiser pleinement. La raison est simple : sans Amoura et Mahrez dans le onze de départ (7 changements opérés par Petković), nous n’avions pas les profils pour exploiter les espaces que nous avions pourtant correctement identifiés. Ce match valide notre lecture tactique de l’adversaire, tout en posant une question centrale pour le Mondial : avons-nous le courage de titulariser nos armes offensives d’entrée face aux grandes nations ?
ANALYSE TACTIQUE : ALGÉRIE 0-0 URUGUAY
Nous avons évolué en 3-4-2-1 face au 4-4-1-1 uruguayen. Ce rapport de forces change tout. Face à un 4-4-1-1, le pressing adverse est moins agressif qu’un 4-3-3 : seul le duo Viñas + De Arrascaeta venait gêner nos trois centraux à la relance. Le vrai verrou se situait dans la ligne médiane à quatre (Canobbio, Valverde, Ugarte, M. Araújo), qui fermait les lignes de passe intérieures vers Aouar et Maza. Notre problème n’était donc pas numérique à la relance, mais qualitatif dans les passes entre les lignes.
Notre phase de possession a eu deux visages. Nous avons démarré en cherchant à imposer notre style, en contrôlant la possession et en essayant de créer du danger dès les premières minutes. Bensebaïni portait le ballon vers l’avant (5 fautes subies, joueur le plus fauté du match), Belaïd recyclait avec une précision de 100%. Il y avait une intention de jeu. La vraie difficulté se situait dans le dernier tiers : des dernières passes imprécises et un manque de mouvement en attaque nous empêchaient de réellement menacer. Le problème est dans la zone de finition, pas dans la construction.
Sur le duo Aouar-Maza, les profils ne sont pas identiques. Maza est un porteur, un percuteur en dribble. Aouar est un technicien de remise et de combinaison courte. Leur limite commune, c’est l’absence de courses de rupture autour d’eux. Gouiri en pointe n’est ni un pivot qui fixe et dévie, ni un sprinter qui attaque le dos de la défense. Sans Amoura pour étirer le bloc adverse, nos deux créateurs se retrouvaient face à un mur de quatre milieux serrés sans aucune profondeur à exploiter.
Défensivement, nous n’avons pas seulement « tenu » : l’Uruguay a tiré 8 fois sans jamais cadrer, alors que nous avons cadré 1 tir sur nos 5 tentatives. Nous avons mieux converti notre présence offensive en danger (même minime) que la Céleste. Mandi et Bensebaïni ont neutralisé le duo Viñas-Núñez. Notre bloc a été imperméable. C’est un acquis bien plus solide que ce que ma première lecture suggérait.
Diagnostic révisé : notre problème n’est pas structurel, il est fonctionnel dans les 30 derniers mètres. La construction existe, la solidité est avérée, la relance fonctionne. Ce qui nous manque, c’est l’animation dans la zone de vérité : les appels, la combinaison rapide, le déséquilibre individuel. Et ce n’est pas un problème de système, c’est un problème de casting offensif dans le onze de départ. Amoura et Mahrez sur le terrain d’entrée auraient probablement donné un tout autre visage à notre attaque. C’est là que Petković doit trancher avant le Mondial.
NOS POINTS FORTS
Notre solidité défensive est désormais une certitude, pas une hypothèse. Tenir un clean sheet face à l’Uruguay de Bielsa avec un onze remanié, c’est la preuve que notre organisation collective est ancrée au-delà des individualités. Mandi reste un patron dans la lecture du jeu, Bensebaïni combine solidité défensive et capacité à porter le ballon sous pression (5 fautes provoquées), et Belaïd a affiché une sérénité remarquable (100% de passes réussies). La charnière à trois fonctionne comme un système, pas comme une addition de joueurs.
Notre courage dans l’intention de jeu est un acquis mental important. Nous n’avons pas subi. Nous avons démarré en voulant imposer notre possession face à une équipe sud-américaine aguerrie. Ce n’est pas l’attitude d’une sélection qui va au Mondial pour se cacher. Aït-Nouri a confirmé qu’il a les épaules pour ce niveau. Et la profondeur de l’effectif (Zidane, Belaïd, Chaïbi) offre des options crédibles à Petković pour gérer trois matchs de poule en moins de dix jours.
NOS POINTS À AMÉLIORER
L’animation dans les 30 derniers mètres reste notre chantier prioritaire. 5 tirs dont 1 cadré en 90 minutes contre une défense certes solide mais qui n’est pas imperméable (les USA leur en ont mis 5 récemment), c’est insuffisant. Le manque de courses de rupture derrière la ligne défensive adverse nous prive de notre arme la plus dangereuse : la profondeur. Tant que Petković n’articulera pas son animation offensive autour d’Amoura titulaire, nous jouerons face à des blocs fermés sans levier pour les faire reculer.
La connexion milieu-attaque doit être codifiée. Aouar et Maza ont besoin d’un attaquant de pointe qui bouge, qui appelle, qui libère les espaces dans son dos. Gouiri n’a pas ce profil dans un rôle de référence. Il faut soit repenser le poste de numéro 9, soit passer à un système à deux attaquants pour créer du mouvement permanent dans la zone de vérité. Enfin, notre gestion des coups de pied arrêtés offensifs reste un angle mort : avec Mandi, Bensebaïni et Belaïd, nous avons le potentiel aérien pour scorer sur corner et coup franc. Ne pas exploiter cette arme, c’est se priver d’un avantage concret dans un tournoi où les matchs serrés se décident souvent sur ces situations.
Zakaria DJEBBOUR