La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) a officiellement saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) pour contester la décision du Jury d’Appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) du 17 mars 2026, qui lui avait retiré le titre de la Coupe d’Afrique des Nations TotalEnergies Maroc 2025. Dans un mémoire juridique consulté par nos soins, le Sénégal demande l’annulation de cette sanction et le rétablissement du résultat obtenu sur le terrain : victoire 1-0 après prolongation, validée le 18 janvier 2026 par l’arbitre Jean-Jacques Ndala.
Une annulation sur plusieurs fronts
Le recours sénégalais s’articule autour de cinq demandes principales. La FSF demande en premier lieu l’annulation de la décision DC23316 du Jury d’Appel de la CAF, qu’elle estime entachée de multiples violations : les Lois du Jeu de l’IFAB (notamment les Lois 5, 8 et 12), les principes fondamentaux de proportionnalité, d’intangibilité du résultat sportif, ainsi que le principe non bis in idem, qui interdit de sanctionner deux fois un même fait.
Le Sénégal demande ensuite le rétablissement pur et simple du résultat sportif issu du terrain – soit la victoire 1-0 après prolongation – et la déclaration officielle que le trophée de la CAN 2025 revient légitimement à l’équipe nationale du Sénégal.
Enfin, la FSF sollicite la condamnation de la CAF aux frais de procédure et invite le TAS à enjoindre à l’instance continentale de réformer ses articles 82, 83 et 84, afin de combler ce que le mémoire qualifie de « vide normatif », en particulier sur la distinction entre interruption temporaire et abandon consommé d’une rencontre.
Une procédure qui dénonce une cascade d’irrégularités
Dans son argumentaire, la Fédération Sénégalaise soutient que la décision de la CAF repose sur une application erronée de ses propres règlements. Selon le mémoire, l’arbitre disposait d’une autorité souveraine sur les faits de jeu, et aucune base réglementaire ne justifiait de revenir sur le résultat après deux mois. La FSF invoque également une violation manifeste du principe de proportionnalité et une rupture de l’intangibilité du résultat sportif, pierre angulaire du droit du sport.
Le recours souligne par ailleurs que la CAF a elle-même infligé des sanctions à la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) dans ce même dossier, ce qui constituerait une double sanction interdite.
« Le terrain avait déjà parlé »
L’épilogue du mémoire, d’une tonalité aussi solennelle que mordante, résume l’état d’esprit des dirigeants sénégalais face à ce qu’ils considèrent comme une injustice procédurale.
« Le Sénégal sort de cette salle quoi qu’il advienne », écrivent les auteurs du recours, avant d’opposer deux mondes : celui du terrain, où les joueurs « continueront de courir, de dribbler, de tomber et de se relever », et celui des bureaux, « ce sport de recours, de procédures et de trophées sur tapis vert ».
Le texte conclut sur une note incisive : « Le Sénégal a parlé. Le terrain avait déjà parlé avant lui. »
Un précédent attendu
La décision du TAS est désormais très attendue. Elle sera scrutée bien au-delà des frontières sénégalaises, tant l’affaire a cristallisé les tensions entre la rigidité procédurale des instances continentales et le principe d’intangibilité du résultat sportif. Pour la FSF, l’enjeu dépasse le cas particulier : il s’agit d’obtenir une clarification des normes disciplinaires et de poser un garde-fou contre ce qu’elle considère comme un usage abusif du pouvoir réglementaire.
En attendant le verdict du Tribunal arbitral du sport, les Lions de la Teranga, eux, continuent de jouer.