
Par: Zakaria Djebbour
Le football professionnel est à un point de bascule.
Ceux qui continuent à parler de simple modernisation regardent le passé. Ceux qui parlent de gouvernance parlent d’excellence, de profit et de durabilité.
La question n’est plus de savoir qui gagne aujourd’hui, mais qui va s’asseoir demain sur le trône continental ?
À l’horizon 2030, le football ne récompensera plus uniquement les clubs les plus passionnés, mais ceux qui auront su transformer la passion en valeur, la performance en modèle économique et l’intuition en pilotage stratégique.
Le club professionnel de 2030 ne sera donc pas une version améliorée de celui d’aujourd’hui.
Il sera une organisation d’une autre nature, pensée pour durer dans un environnement plus riche, plus régulé, mais aussi plus impitoyable.
Le club professionnel de 2030 ne sera pas une version améliorée de celui d’aujourd’hui.
Il sera une organisation d’une autre nature.
Le football ne vit plus une simple modernisation. Il traverse une bascule profonde de son modèle économique et de sa gouvernance. Nous passons d’un football fondé sur la logique « RÉSULTAT IMPÉRATIF » à un football structuré autour de la création de valeur, du pilotage stratégique et de la soutenabilité.
DES CHIFFRES QUI IMPOSENT UN CHANGEMENT DE PARADIGME :
Les ordres de grandeur actuels rendent cette évolution irréversible.
Le marché du football européen a atteint environ 38 milliards d’euros de revenus lors de la saison 2023/24, un niveau historique.
Les cinq grands championnats européens concentrent à eux seuls plus de 20 milliards d’euros de revenus, accentuant la polarisation économique du secteur.
Dans le même temps, les dépenses mondiales en indemnités de transferts ont dépassé 8,5 milliards de dollars en 2024, un record absolu.
Ces chiffres ne traduisent pas une bonne santé généralisée. Ils révèlent surtout une tension croissante entre volumes financiers élevés et fragilité structurelle de nombreux clubs.
EN 2030, LA PERFORMANCE SPORTIVE NE SUFFIRA PLUS
À l’horizon 2030, la performance sportive restera indispensable, mais elle ne sera plus suffisante pour garantir la viabilité d’un club professionnel.
L’écart se creusera principalement sur la qualité de la gouvernance, la maîtrise des coûts et la capacité à piloter un modèle économique complexe dans un environnement de régulation renforcée.
Les clubs qui continueront à raisonner uniquement en points, en classements ou en mercato s’exposeront à une instabilité chronique.
PREMIÈRE CARACTÉRISTIQUE DU CLUB 2030 : DES REVENUS RÉCURRENTS ET STRUCTURÉS
Le club algérien qui veulent détrôner Al Ahly, Mamelodi Sundowns ou à l’Espérance de Tunis doivent impérativement diversifier leurs ressources et ne plus survivre par infusion de deniers publics. Il reposera sur des plus-values de transferts, sur une relation économique durable avec ses supporters.La connaissance fine des publics, la segmentation, le pilotage des offres et L’EXPLOITATION INTELLIGENTE DE LA DATA permettront de transformer le capital émotionnel en flux de revenus récurrents et prévisibles.
Le club de 2030 ne vendra pas uniquement des billets ou des abonnements. Il gérera un actif supporters comme un véritable portefeuille stratégique.
DEUXIÈME CARACTÉRISTIQUE : LA FORMATION COMME LEVIER CENTRAL DE VALEUR
Dans le club professionnel de 2030, la formation ne sera plus un centre de coût ni un simple marqueur identitaire.
Elle constituera un socle stratégique, capable d’alimenter l’équipe première, de sécuriser la masse salariale et de générer de la valeur économique via une politique de trading rationnelle.
La contribution de l’académie sera mesurée, suivie et intégrée aux décisions exécutives, tant sur le plan sportif que financier.
TROISIÈME CARACTÉRISTIQUE : UNE GOUVERNANCE FINANCIÈRE MATURE
Le club de 2030 évoluera dans un cadre de discipline financière renforcée, où le pilotage des équilibres économiques sera central.
Le ratio coûts d’effectif sur revenus, la trajectoire salariale, la gestion de la trésorerie et du besoin en fonds de roulement deviendront des indicateurs de gouvernance au même titre que les résultats sportifs.
Les décisions sportives majeures seront arbitrées à partir de données économiques, contractuelles et de performance, et non plus uniquement sur l’intuition ou la pression du court terme.
EN 2030 UN CLUB DEVRAIT ÊTRE PILOTÉ, PAS SIMPLEMENT DIRIGÉ
Le facteur décisif du club professionnel de 2030 ne sera ni un joueur, ni un entraîneur, ni un métier isolé.
Ce sera la capacité du leadership exécutif à aligner vision sportive, modèle économique, gouvernance financière et culture organisationnelle. Empiler des experts sans architecture globale produira toujours des îlots d’excellence sans impact systémique.
LA DIFFÉRENCE STRUCTURELLE EN 2030
La fracture ne se fera pas entre clubs riches et clubs pauvres.
Elle se fera entre clubs capables de se transformer structurellement et clubs prisonniers de modèles obsolètes.
Le club professionnel de 2030 sera celui qui aura compris que la gouvernance n’est pas une contrainte, mais la condition même de la performance durable.
À l’horizon 2030, la hiérarchie du football ne se jouera plus seulement sur le terrain.
Elle opposera les clubs gouvernés à ceux restés prisonniers de modèles dépassés.
La gouvernance n’est plus une contrainte, mais la condition de la performance durable.
Les clubs qui l’auront compris domineront, les autres subiront.