
Par Lamine El Djazaïri
Il est en colère, furieux, hystérique même ! Il a tout fait, tout donné, tout vendu,
même son honneur, mais rien n’y fait. Cheikh Abi Cheytane ne fera pas la Une
des canards et des média mondiaux. Pas comme son cousin Epstein. Pourtant il
s’est totalement investi corps et âme, a construit des stades, acheté des villes, des
clubs, des joueurs, des dirigeants, des arbitres, des organismes internationaux. Il
a financé pour Oncle Sam des armées de mercenaires, détruit des pays, financé
tous les trafics imaginables. Il est allé partout chaque fois que son cousin le
sifflait, comme le bon toutou qu’il a voulu bien être pour mériter d’être sa petite
ombre.
Et au bout du compte, cousin Epstein est partout mais lui nulle part. « Diable,
diable ! » dit-il en se grattant la tête, « je ne vais quand même pas leur montrer
ma retraite, c’est La Yadjouz selon le Mufti Da Ich et Zoulikha risque de
m’attendre avec un gourdin, dis-donc ! »
C’est vrai que Cheikh Abi Cheytane n’a pas d’île paradisiaque pour y faire ses
travaux pratiques, il préfère les buildings qui en imposent, les palais des Mille
moins une nuit, les tentes climatisées qui lui rappellent son fabuleux passé pas si
lointain où il allait gaiement faire mumuse avec la petite chèvre du petit berger
voisin…
Alors, il a longuement réfléchi. « Peut-être devrais-je appeler mes porte voix et
faire croire à tout le monde que nos média font des enquêtes et découvrent que
l’un de mes serviteurs est un tortionnaire d’enfants ? Oui mais dans ce cas, se
dit-il, c’est lui qui aura toute la lumière ! »
Finalement, Cheikh Abi Cheytane s’en va vaquer à ses occupations habituelles.
Faire le coup de main pour ses cousins et pour Oncle Sam est nettement meilleur
pour sa santé. Prendre trop de lumière lui est déconseillé par son médecin. Il
parait que ça brûle ! « Laisse le couvercle sur le puits » se conseilla-t-il comme
le lui disait souvent Rafi, l’un de ses correspondants algériens très proches de lui
dans le milieu du sport.
Pour vivre heureux, vivons caché, dit-on. Rafi dit vrai, laissons le couvercle
fermé à double tour sur le puits, sinon on risque d’y découvrir les nouveaux
contes des mille et une arabesques…