
Par Lamine El Djazaïri
L’Algérie a traversé une période très compliquée. Lors de la présidence de
Abdelaziz Bouteflika, avec la complicité de son frère Saïd, la quasi-totalité des
structures de l’état a été infiltrée par les ambitions de gangs « mafieux »,
souvent de mèche avec des puissances étrangères, qui ont mis à sac l’économie
algérienne, vidant les caisses de l’état par un enrichissement affolant de
quelques familles et de nombreux « affairistes » soutenus par de très hauts
fonctionnaires parmi lesquels, entre autres, des premiers ministres, des
ministres, de hauts responsables au sein des ministères, des officiers supérieurs
dépendant de l’armée algérienne, des chefs d’entreprise…etc
La révolte du peuple algérien a permis l’émergence d’un nouveau noyau
dirigeant, à la tête duquel le président Abdelmadjid Tebboune et le Chef d’état
major de l’armée Saïd Chengriha, qui impulsera un mouvement contraire. Leur
tâche était « herculéenne », presque insurmontable. Il fallait débarrasser dans
l’urgence et en priorité certaines structures de l’état des parasites introduits par
l’ancien régime et relancer des secteurs clefs de l’économie algérienne
notamment l’agriculture et l’agro-alimentaire ainsi que certains pans de
l’industrie considérés comme des secteurs stratégiques qui incarnent
l’indépendance du pays. Il fallait également développer la force de frappe
algérienne sur le plan militaire et garantir la sécurité des frontières qui symbolise
la souveraineté de la nation.
L’énigme Walid Sadi
Dans cette guerre interne qui ne dit pas son nom, certaines structures étatiques
sont restées sous la coupe de réseaux très nocifs, souvent liés à des intérêts
privés ou étrangers. Les secteurs de la communication, de la justice et du sport
posent encore gravement question. Le comportement de certains acteurs
d’importance majeure de ces secteurs reste étrangement contraire aux intérêts de
l’Algérie, notamment le secteur du sport à la tête duquel se trouve le Ministre
Walid Sadi, un homme d’affaires, qui porte une double casquette en tant que
haut fonctionnaire d’état et dirigeant d’une fédération sportive. Or, la règle d’or
d’une gouvernance politique saine est l’absence de conflits d’intérêt. Et, à la
limite, le haut fonctionnaire homme d’affaires se doit de se mettre en marge de
son entreprise et de geler toute activité annexe qui violerait cette règle
essentielle.
Le parcours de Walid Sadi est à enseigner sur ce qu’il ne faut jamais faire
comme promouvoir un responsable d’activités économiques privées à des tâches
publiques qui non seulement le dépassent mais également le mettent en porte à
faux entre intérêts personnels et intérêts publiques. Son incompétence criante en
tant que responsable de la première fédération sportive algérienne, en échec
depuis trois ans, aurait dû totalement l’écarter de toute autre responsabilité mais
aussi bizarre que cela puisse paraître, il a été bien au contraire promu à un poste
de ministre. L’état du football algérien en termes de résultats, d’organisation, de
planification, de projets ou d’influence internationale durant ces trois dernières
années est totalement chaotique. La corruption a fait un bond, le niveau sportif
s’est désagrégé, les projets se sont asséchés, l’avenir s’est assombri, les deniers
publiques dilapidés. Il n’existe aucun bilan sur l’état du sport algérien, aucun
programme pour le relancer et le réorganiser. Le football est dans un chaos total
entre les mains de « gangs mafieux » qui vendent et achètent tout, entrainant
toute l’activité dans une impasse « mortelle ».
Et si l’on devait énumérer toutes les affaires qui l’éclaboussent, elles n’en
finiraient pas. En premier, le vote du président de la FAF dans les instances de la
Confédération Africaine de Football (CAF) en faveur d’un ennemi déclaré de
l’Algérie, le retrait de la candidature algérienne de l’organisation de la Coupe
d’Afrique des Nations de 2025 et 2027 en faveur du Makhzen marocain, les
mensonges répétés de M. Sadi sur la défense des intérêts de l’équipe nationale
algérienne de football qui subit littéralement des agressions « arbitrales » en
particulier lors des CAN 2023 et 2025 sans qu’il ne réagisse, son licenciement
de l’ancien entraineur national de football de façon cavalière et illégale après
avoir participé de façon directe et indirecte à son sabotage pour ensuite recruter
un entraineur très limité qui était au chômage pendant deux ans, tant personne
n’en voulait. Il ira jusqu’à lui offrir un véritable pont d’or, le plus haut salaire en
Afrique pour des résultats très mitigés et des prestations très moyennes. C’est
littéralement, le monde à l’envers…
Qui au plus haut niveau de l’état soutient et encourage le marasme ?
Il reste juste à savoir quel est le « génie » qui a conseillé au plus haut sommet de
l’état de confier un poste aussi important à un homme qui traine des casseroles
depuis plusieurs années. Corruptions, malversations, mensonges, passe-droits,
trafic d’influence, complots en tous genres, trahisons… Etait-il directement
concerné ? Dans tous les cas, le parcours de Walid Sadi en est semé. Tout son
entourage et ses soutiens y sont directement liés. Raouraoua, son mentor à
l’origine d’énormes malversations, Berraf, acoquiné (ou vendu ?) aux sionistes,
Nadir Bouzenad, le compagnon des mauvais coups, Salima Benaisti, surnommée
la boite noire des finances, Hafid Derradji, monsieur intox, le destructeur de
stabilité, et tant d’autres qui se reconnaitront aisément et dont les dossiers noirs
sont déjà entre les mains des enquêteurs algériens. Et la question à élucider
est comment se peut-il que le marasme et le chaos qui entourent la gestion de la
pratique sportive en Algérie peuvent-ils rester sans réaction des pouvoirs
publics ?
Comment tous les acteurs qui participent à la destruction du sport algérien pour
enrichissement personnel ou intelligence avec l’ennemi n’ont-ils pas encore été
mis en accusation ? S’agit-il d’un processus en cours pour remonter toutes les
filières malsaines dans le sport et frapper un grand coup en tranchant la tête du
« serpent » comme dans d’autres secteurs ? Cela pourrait peut-être expliquer
pourquoi le chef de l’état algérien, Abdelmadjid Tebboune, a étrangement lâché
l’ancien entraîneur national, Djamel Belmadi, après l’avoir activement soutenu
au vu et au su de tous !
Il faut savoir que ce qui se rattache au sport fait aujourd’hui partie de la sécurité
nationale des états lorsque l’on sait qu’elles sont directement liées à de grands
intérêts économiques, c’est-à-dire qu’elles ont un puissant impact socio-
économique, et font partie des guerres menées contre les états insoumis. Ce n’est
pas pour rien que le sport a totalement été infiltré par les puissances
économiques des oligarchies mondiales qui pèsent sur les décisions stratégiques.
Il suffit de voir comment la Russie a été éjectée des plus grandes compétitions
en raison de son implication dans la guerre voulue par l’OTAN contre l’Ukraine
alors que la colonie sioniste en Palestine n’a même pas été blâmée pour ses
crimes insupportables et son génocide du peuple Palestinien qui se perpétue. Les
grandes institutions sportive ont ouvert des portes béantes aux entreprises qui
génèrent des revenus presque illimités. La FIFA, à titre d’exemple, en est
devenue si puissante qu’elle dicte sa propre politique aux états qui ne peuvent
plus officiellement intervenir pour réparer les nombreux dégâts causés par la
corruption généralisée et les malversations. L’allégeance du président de la
FIFA, Gianni Infantino, au président américain Donald Trump est le meilleur
exemple des liens très étroits aujourd’hui entre politique et sport.
Il faut comprendre que la thèse que défendent certains excellents journalistes
d’investigation selon laquelle les ambitions personnelles, à l’insu des autorités
politiques de leur pays, seraient à l’origine du chaos mondial dans les
institutions sportives mondiales, non seulement ne tient pas la route un seul
instant mais prêterait à sourire par autant de naïveté si la question n’était pas
aussi grave. C’est soit ne rien comprendre aux équilibres mondiaux qui
imprègnent toutes les activités humaines, soit alors ils préfèrent ne pas franchir
une ligne rouge mortelle… L’expérience nous enseigne que nul ne peut se
maintenir à un poste de très haute responsabilité sans un soutien politique
marqué.
Dans tous les cas, seul l’avenir pourra nous éclairer car il va sans dire que tous
les éléments du chaos dans le sport en Algérie, la corruption, les trahisons, les
compromissions avec des puissances étrangères, les détournements de fonds
publics… sont entre les mains des excellents services de renseignement
algériens. Cela signifie que les autorités algériennes connaissent dans le moindre
détail tous les travers énumérés. La « guillotine » sera-t-elle bientôt actionnée ou
alors en sommes-nous à désespérer de l’Algérie que l’on dit nouvelle !