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LE FOOTBALL ALGÉRIEN FACE AU MONDE

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oute volonté de progrès commence par une lecture lucide de la réalité. Le football algérien dispose d’atouts réels : une histoire riche, une passion populaire intacte, des infrastructures en développement. Mais la lucidité exige aussi de regarder les chiffres en face, sans filtre et sans complaisance. Cette analyse repose exclusivement sur les données de la saison 2025-2026 : buts marqués, rendements offensifs, profils des meilleurs joueurs, comparaisons avec les championnats africains et européens. Non pour sanctionner, mais pour comprendre. Et pour construire.

Elle n’a pas pour ambition de condamner un championnat pour le plaisir de la polémique. Elle a pour ambition de nommer ce que tout le monde voit, mais que personne ne dit clairement.

Car il y a quelque chose de profondément révélateur dans le fait qu’au même moment où 31 joueurs européens franchissent les 10 buts en championnat, le meilleur buteur de la Ligue 1 Mobilis plafonne à 7. Il y a quelque chose de profondément révélateur dans le fait que le joueur le plus cher d’Algérie est un défenseur central, que l’étoile du mois est un gardien de but, et que le leader marque moins d’un but par rencontre.

Ces faits, mis bout à bout, forment un tableau. Et ce tableau mérite d’être regardé en face.

QUAND LES CHIFFRES DISENT CE QUE CERTAINS REFUSENT D’ENTENDRE :

Quand une masse salariale de 14 milliards par mois produit 30 points sur six mois, cela revient à près de 2 milliards le point. Quand un attaquant payé 1 milliard par mois marque 6 buts en six mois, chaque but coûte 1 milliard. L’argent est là. Les salaires sont là. Les résultats offensifs, eux, sont absents.

Un gardien de but élu meilleur joueur du mois. Un défenseur central comme transfert le plus cher du championnat. Un leader qui marque moins d’un but par match. Et 31 joueurs européens qui ont déjà dépassé les 10 buts en championnat, pendant que le meilleur buteur algérien en est à 7.

Ce ne sont pas des anomalies isolées. Ce sont les symptômes d’un même mal, profond, structurel, et que personne ne semble vouloir nommer.

Posez ces chiffres côte à côte et une seule question s’impose : qu’est-il arrivé au football algérien ?

À ce stade de la saison, 31 joueurs ont déjà franchi la barre des 10 buts en championnat dans les cinq grands championnats européens : 9 en Bundesliga, 9 en La Liga, 8 en Premier League, 5 en Ligue 1 française. Parmi eux, Harry Kane avec 28 buts en Bundesliga, Kylian Mbappé avec 23 en Liga, Erling Haaland avec 22 en Premier League. Des chiffres qui écrasent toute comparaison possible avec ce qui se passe en Ligue 1 Mobilis. Car en Algérie, le compteur s’arrête à 7 buts. C’est le plafond. C’est le sommet. Zéro joueur n’a atteint la barre des 10 buts, après deux tiers de saison disputés.

La comparaison africaine confirme et aggrave le diagnostic. En Égypte, Al Ahly totalise environ 32 buts en 19 matchs, soit 1,7 but par rencontre, soit exactement le double du rendement du MC Alger. En Afrique du Sud, Mamelodi Sundowns dépasse 1,6 but par match en Premier Soccer League. En Tunisie, l’Espérance Sportive de Tunis, leader de la Ligue 1 Professionnelle tunisienne, affiche un rendement supérieur à 1,5 but par match, porté par des attaquants dominants et identifiables. Ces clubs africains de référence produisent ainsi entre 1,5 et 2 fois plus de buts par match que le leader du championnat algérien. La Ligue 1 Mobilis est aujourd’hui en retard non seulement sur l’Europe, mais sur ses voisins directs du continent.

Le gouffre n’est pas seulement quantitatif. Il est qualitatif, structurel, philosophique.

Le leader du championnat algérien marque moins d’un but par match. Les meilleurs buteurs plafonnent à 7 buts après 21 journées. Les joueurs les plus influents évoluent majoritairement dans les lignes défensives. Le MVP du mois de février est un gardien de but. Le joueur le plus cher du championnat est un défenseur central. Le CRB, club historiquement le plus offensif d’Alger, est 8ème avec 20 buts en 21 matchs. L’Entente de Sétif affiche une différence de buts négative. La JSK est 11ème.

Pris ensemble, ces faits ne dessinent plus une anomalie conjoncturelle. Ils dessinent une médiocrité organisée, institutionnalisée, et désormais indolore. Voici pourquoi.

0,86 BUT PAR MATCH : LE SCORE D’UN CHAMPIONNAT QUI A RENONCÉ À ATTAQUER

0,86 but par match. C’est le rendement offensif du leader actuel de la Ligue 1 Mobilis, le MC Alger, après 21 journées de championnat. Un chiffre qui, à lui seul, condense toute la crise que traverse le football algérien.

Avec 37 points, 18 buts marqués et seulement 8 encaissés, le MCA présente un profil statistique singulier. Défensivement, l’équipe est remarquable : moins de 0,4 but encaissé par match, la meilleure arrière-garde du championnat. Offensivement, en revanche, son rendement reste inférieur à un but par rencontre. Dans le football moderne, il est extrêmement rare qu’un leader domine son championnat avec une production offensive aussi faible. Ces chiffres traduisent un modèle de performance fondé avant tout sur la gestion des risques, la fermeture des espaces et la maîtrise défensive, bien plus que sur la créativité offensive ou le spectacle.

Ce n’est pas un style de jeu. C’est une capitulation tactique habillée en méthode.

QUE VAUT LE LEADER ACTUEL SUR LE SCÈNE INTERNATIONALE:

La comparaison internationale permet de mesurer l’ampleur de cet écart. En Espagne, le FC Barcelona, leader de La Liga avec 64 points après 26 journées, totalise 71 buts marqués, soit 2,73 buts par rencontre, plus de trois fois le rendement du MC Alger. En Angleterre, Arsenal, leader de la Premier League, maintient un rendement supérieur à 1,8 but par match dans un championnat réputé pour son intensité physique et tactique. La moyenne générale de buts par match en La Liga atteint 2,62 cette saison. En Premier League, elle dépasse 2,7.

En Ligue 1 Mobilis, le leader marque 0,86 but par match. Le gouffre n’est pas seulement quantitatif. Il est qualitatif, structurel, philosophique.

La comparaison africaine confirme et aggrave le diagnostic. En Égypte, Al Ahly totalise environ 32 buts en 19 matchs, soit 1,7 but par rencontre, soit exactement le double du rendement du MC Alger. En Afrique du Sud, Mamelodi Sundowns dépasse 1,6 but par match en Premier Soccer League. En Tunisie, l’Espérance Sportive de Tunis, leader de la Ligue 1 Professionnelle tunisienne, affiche un rendement supérieur à 1,5 but par match, porté par des attaquants dominants et identifiables. Ces clubs africains de référence produisent ainsi entre 1,5 et 2 fois plus de buts par match que le leader du championnat algérien. La Ligue 1 Mobilis est aujourd’hui en retard non seulement sur l’Europe, mais sur ses voisins directs du continent.

Le gouffre n’est pas seulement quantitatif. Il est qualitatif, structurel, philosophique.

7 BUTS APRÈS 21 JOURNÉES : LE CHAMPIONNAT PROFESSIONNEL OÙ PERSONNE NE MARQUE

Les statistiques individuelles confirment et aggravent le diagnostic. Après 21 journées, le classement des buteurs de la Ligue 1 Mobilis est dominé par Boutiche de la JS Saoura, un milieu défensif, et Zerrouki de l’ES Sétif, avec seulement 7 buts chacun. Derrière eux, Mahious de la JS Kabylie comptabilise 6 buts avec le salaire le plus élevé du championnat, ce qui revient à un ratio d’un milliard de dinars par but marqué, et le Tunisien Hammouda du CR Belouizdad suit avec 6 buts également. À ce stade de la saison, après avoir joué les deux tiers du championnat, aucun joueur n’a atteint la barre des 10 buts, un fait extrêmement rare dans un championnat se réclamant du professionnalisme.

Le meilleur buteur du MC Alger, leader du championnat ? Bayazid avec 3 buts, Naiji avec 2.

Pour mesurer l’ampleur du décalage, il suffit de regarder ce qui se passe simultanément sur le continent africain. En Égypte, plusieurs joueurs dépassent les 10 buts en championnat à ce stade de la saison, portés par une culture offensive ancrée dans les grands clubs. En Tunisie, les meilleurs attaquants de l’EST ou du CSS franchissent régulièrement la barre des 10 buts dès la phase aller. En Afrique du Sud, Mamelodi Sundowns produit des buteurs à deux chiffres avec une régularité qui contraste radicalement avec la stérilité algérienne. Ces championnats, réputés moins compétitifs que la Ligue 1 Mobilis sur le plan défensif, produisent pourtant des attaquants nettement plus prolifiques.

En Algérie, le meilleur buteur plafonne à 7 buts après 21 journées. C’est le signe non pas d’une défense collective de haut niveau, mais d’une stérilité offensive généralisée, structurelle, et désormais banalisée.

L’écart avec l’Europe n’est plus une question de niveau. Il est une question de philosophie. Et même face à l’Afrique, le championnat algérien n’a plus d’argument offensif à faire valoir.

UN GARDIEN ÉTOILE DU MOIS, UN DÉFENSEUR STAR DU CLUB : LA PREUVE QUE LE MAL EST PROFOND

Mais un autre indicateur, souvent négligé, est encore plus révélateur de la transformation profonde du football algérien : l’identité des joueurs qui dominent réellement le championnat.

Au MC Alger, les joueurs les plus performants sont le latéral droit et le gardien de but. Au CR Belouizdad, les meilleures individualités sont les latéraux et le défenseur central (meilleur joueur du mois de février). Au MCO, c’est un autre latéral droit. À l’USMA, le joueur le plus cher de tout le championnat est un défenseur central, stoppeur à l’ancienne. À la JSK, le gardien de but a été élu meilleur joueur du championnat au mois de février. Au CSC, c’est encore le gardien de but qui incarne la meilleure prestation individuelle. L’ES Sétif, elle, ne présente même pas d’individualité marquante, un nivellement par le bas généralisé.

Pas un seul numéro 10. Pas un seul attaquant. Pas un seul créateur de jeu. Dans aucun des grands clubs du championnat.

Le classement général renforce ce constat. L’USMA, dont le joueur le plus cher est un défenseur, est 10ème avec 19 buts marqués. La JSK, dont la star est son gardien et son défenseur central, est 11ème avec 19 buts. Le CRB, historiquement l’un des clubs les plus offensifs d’Alger, est 8ème avec 20 buts en 21 matchs. L’Entente de Sétif est 9ème avec une différence de buts négative. Les grands clubs souffrent tous de la même stérilité.

Ce n’est pas un hasard de calendrier. C’est la photographie d’un système entier qui a cessé de valoriser l’attaque, la créativité, le risque offensif. Quand les gardiens et les défenseurs sont les héros, c’est que les attaquants ont disparu. Et quand les attaquants disparaissent d’un championnat, c’est la raison d’y assister qui disparaît avec eux.

BELLOUMI, MADJER, FERGANI : LE FOOTBALL ALGÉRIEN AVAIT DES GÉANTS. QU’EN A-T-IL FAIT ?

Cette évolution contraste violemment avec l’histoire du football algérien. Pendant des décennies, les clubs étaient incarnés par leurs créateurs et leurs attaquants. Le MCA, c’était Benchikh, Draoui, Betroni ou Bousri. Le CRB, c’était Yahi, Kouici, Negazzi, Berroudji, Lalmas, une machine à buts, un lignage d’attaquants d’exception. La JSK, c’était Menad, Bouiche, Fergani, l’intelligence du jeu à l’état pur. Le MCO, c’était Belloumi, Maroc, Freha, Hadefi, Belkedrouci, Bensaoula, la plus grande pépinière offensive du football algérien. L’USMA, c’était Zidane, Guedioura, puis Dziri, Rahim, des milieux créatifs de calibre international. Le NAHD, c’était Madjer, Aït Lhoucine, Merzkane, Guennoun, le génie pur. L’ESS, c’était Adjissa, Zorgane, l’élégance du milieu de terrain sétifien. L’ASMO, c’était Guemri, Boukar, Tasfaout, le feu offensif.

Ces noms ne sont pas de simples souvenirs nostalgiques. Ils représentent un écosystème footballistique où chaque club produisait naturellement des créateurs de jeu d’exception. Le prestige des équipes reposait sur la créativité offensive et la capacité à produire du spectacle. Les supporters se déplaçaient pour voir des numéros 10, des dribbleurs, des artificiers. Cet écosystème s’est effondré.

Et le plus inquiétant n’est pas l’effondrement lui-même. C’est que personne, dans les instances, ne semble en mesurer la gravité.

ON PAYE DES MILLIARDS POUR DES STOPPEURS : VOILÀ COMMENT UN MARCHÉ RÉVÈLE UNE FAILLITE

Un autre indicateur révèle un déséquilibre structurel profond : les meilleurs buteurs du championnat ne figurent pas parmi les joueurs les mieux rémunérés de la Ligue 1. Dans les cinq grands championnats européens, le marché des transferts reflète fidèlement la hiérarchie offensive : Kane, Mbappé, Haaland, Gyökeres, Lautaro Martínez sont parmi les actifs les plus valorisés du football mondial parce qu’ils produisent des buts à un rythme industriel. La logique est implacable : on paye ce qui décide.

En Tunisie, en Égypte, en Afrique du Sud, les meilleurs attaquants restent les joueurs les plus courtisés, les plus médiatisés, les plus valorisés sur le marché local. Le marché suit la production. Et la production offensive existe.

Dans le contexte algérien actuel, cette logique s’est entièrement inversée. Quand le joueur le plus cher de tout un championnat est un stoppeur à l’ancienne, quand les clubs investissent massivement dans le béton défensif plutôt que dans le talent offensif, c’est que le système tout entier valorise la stabilité et la structure défensive au détriment de la production offensive. Le marché suit la demande tactique. Et la demande tactique, en Algérie, ne demande plus de créateurs.

C’est une boucle fermée. Pas de créateurs formés. Pas de créateurs valorisés. Pas de créateurs recrutés. Et in fine, pas de spectacle produit.

CE N’EST PAS UNE CRISE PASSAGÈRE. C’EST UNE RÉGRESSION CHOISIE.

Le problème n’est pas que les défenseurs soient devenus meilleurs.

Le problème est que les créateurs ont cessé d’être dominants.

Un gardien de but élu meilleur joueur du championnat n’est pas une anomalie statistique. C’est un symptôme, le symptôme d’un écosystème où la formation ne produit plus de talents offensifs de qualité, où la culture du résultat immédiat a imposé le béton tactique comme norme, où aucune philosophie de jeu nationale ne cadre la vision collective, où l’état des pelouses et la qualité de l’arbitrage rendent le jeu technique structurellement impossible.

Un championnat où le meilleur buteur plafonne à 7 buts après 21 journées, où le leader marque 0,86 but par match, où aucun numéro 10 ne domine aucun grand club, où les Égyptiens, les Tunisiens et les Sud-Africains produisent plus de buts et plus d’attaquants identifiables, ce championnat n’est pas en transition. Il est en régression.

Lorsqu’un championnat cesse de produire des créateurs dominants, il ne perd pas seulement des buts. Il perd une partie de son identité, de son attractivité, et de son pouvoir de fascination.

L’Algérie du football de Madjer, de Belloumi, d’Assad, de Fergani et de Benchikh méritait de produire des héritiers. Elle n’en produit plus. Et tant que les instances dirigeantes ne poseront pas la question de la formation et de l’identité de jeu comme une priorité stratégique fondamentale, et non comme un simple accessoire tactique, cette dérive se poursuivra.

Le réveil est possible. Mais il suppose d’abord d’accepter le diagnostic.