Accueil » Coca-Cola et le trophée FIFA à la présidence : entre ceux qui le touchent et ceux qui le prennent

Coca-Cola et le trophée FIFA à la présidence : entre ceux qui le touchent et ceux qui le prennent

by admin

L’opération de présentation du trophée de la Coupe du monde de la FIFA, sponsor majeure et ayant même le « naming » de l’événement, par Coca-Cola, marque un tournant notable. Par le passé, ce type d’événement se limitait à un partenariat discret entre la firme et la Fédération algérienne de football (FAF), passant pour un non-événement médiatique.

La dynamique de cette année est différente. Une effervescence, orchestrée par les médias nationaux, a entouré l’événement. Cette visibilité accrue est en soi une bonne chose, offrant un potentiel de promotion du football algérien. Cependant, cette opération soulève plusieurs interrogations qui dépassent le cadre sportif.

D’abord, le contexte international est particulier : Coca-Cola, sponsor majeur de la FIFA, est au cœur de la Coupe du monde 2026 dont le gros de la compétition se déroulera aux États-Unis. Cela donne une résonance stratégique à cette tournée de promotion. Se pose alors la question : cette opération ne vise-t-elle pas aussi à réinstaller la marque au sein de la FAF, où elle fut l’un des sponsors majeurs à l’époque de Mohamed Raouraoua ? À cette période, Coca-Cola avait notamment financé un tournoi de jeunes talents et son contrat avec la FAF était géré par l’agence MediAlgerie de Aït Aoudia.

L’image d’une délégation de Coca-Cola reçue au sein de la présidence de la République, par le chef de l’État lui-même, apparaît pour beaucoup incompréhensible et déconnectée. Ce déplacement du commercial vers le protocolaire étatique interroge. Quel message souhaitons-nous envoyer, face aux positions militantes d’une partie de la société et à l’exemple de personnalités sportives mondiales ? On pense au geste symbolique de Cristiano Ronaldo, qui, en écartant lors d’une conférence de presse des bouteilles de Coca-Cola, avait provoqué une chute significative de la valeur boursière de la marque. Ce geste est célébré dans de nombreux cercles comme un acte d’affirmation personnelle face à un géant industriel.

La réaction des internautes ne s’est pas faite attendre. Un buzz significatif a éclaté sur la toile, cristallisé par une photo du trophée a l’ambassade américaine aux côtés du ministre des sports Walid Sadi, partagée et commentée des milliers de fois, traduisant un mélange d’ironie et d’incompréhension face à cette promotion protocolaire.

Dès lors, d’où provient cette nouvelle vision stratégique ? Pourquoi une marque américaine, parfois controversée, bénéficie-t-elle d’une promotion d’exception, accédant à une légitimation par les plus hautes autorités, alors que dans le même temps, toute publicité pour des marques algériennes (notamment dans le domaine des boissons) est strictement interdite par les autorités ?

Ce contraste frappant nourrit le débat. Il pourrait s’agir d’une stratégie délibérée visant à attirer les investisseurs internationaux et à projeter une image d’ouverture, en alignant le protocole d’État sur les logiques du sponsoring mondialisé. Mais ce choix entre en tension avec les discours de souveraineté économique et les sensibilités politiques d’une partie de la population.

Au final, l’opération Coca-Cola 2026 dépasse de loin le simple fait sportif. Elle devient un symbole des contradictions algériennes actuelles : entre ouverture mondiale et protectionnisme, entre logique économique et principes politiques affichés, entre la recherche d’un rayonnement international et la réponse aux attentes d’une société civile vigilante. L’effervescence médiatique a donc mis en lumière bien plus qu’un trophée de football ; elle a révélé les interrogations d’un pays sur sa propre stratégie de communication et de positionnement sur l’échiquier géopolitique et économique global.